NOSTRA   STORIA

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" …ils ont fait la guerre
marché pieds nus ;
rêvé d'un rien
 
manqué de tout
Nous ne savons
que peu de choses
de celles et ceux
 
qui ont vécu
avant nous… "
Ghjuvan Francescu Bernardini

 

OSANI

PROBABLEMENT PRE-LATIN
APPARTENANT AU BASQUE OSIN ; GOUFFRE
Réf : Dictionnaire des noms et lieus de France - Edité par Larousse 1963
 

Origine:

Pieve de Sia

 
La pieve de Sia s'étire à vol d'oiseau sur une bande d'environ 25 km, de Girolata à Porto, en passant par Osani, Curzo, Partinello et Serriera.
La fibule découverte sur le site de Curzo prouve que la région était déjà habitée à l'age du Fer (9ème et 8ème siècle avant JC).
En 140 de notre ère, Ptolémée d'Alexandrie dans sa carte, place un des douze peuples vivant dans l'Ile, les Kerouinoi, dans la vallée du Porto.
Mais c'est seulement avec la " Cronica " de Giovanni della Grossa au milieu du 15ème siècle, que nous entrons dans l'Histoire.
 
Au début du 15ème siècle, la Seigneurie des Leca installée dans les pieves du Vicolais et du Sia, tente d'étendre son pouvoir dans toute la Corse, mais se heurte au seigneur Vincentello d'Istria, comte de Corse et vice-roi d'Aragon.
Rinucciu de Leca refuse de soutenir les prétentions de l'Aragon sur la Corse et se réfugie dans le Sia au " Monte Sanninco " (Osani) appelé aussi sur certaines cartes du 16ème siècle Monte Suanico ou Monte Cenino.
Il se fortifie sur la pointe Est du Monte Senino, aujourd'hui Punta Castellucio à 585 m d'altitude (ruines du fortin).
 
Dans la description de la Corse, monseigneur Giustiniani au 16ème siècle écrit :
" La première pieve de l'évêché de Sagone est la pieve de Sia. Toute la vallée est désertifiée à cause des guerres et des corsaires. Et les habitants se sont retirés à la montagne dans un village appelé Ota, qui compte 50 familles environ. Et on ne trouve aucun village, ni casale dans cette pieve.
Le pays produit du blé d'excellente qualité, du bétail et du miel en abondance."
 
Cette pieve, comme plusieurs autres de la région de Vico, fut ravagée au cours de la guerre des Cinarchesi (1487-1510) et ses habitants obligés de se retirer au loin. Les Turcs firent le reste. Une partie des habitants de la pieve de Sia se réfugia à Calvi.
En fait l'Office de Saint-Georges avait ordonné le dépeuplement de la pieve en raison de la fidélité des habitants à la maison des Leca, et fait brûler maisons et cultures.
En 1516 l'Office de Saint-Georges autorisera les communautés du Sia réfugiées en Balagne, à se réinstaller à Curzo, Pinito, Astica et Ota après prestation d'un serment de fidelité et engagement pris " … de ne pas contracter mariage ou nouer d'alliance avec des niolins … " ennemis de Gênes, sans accord préalable.
La juridiction du Sia fut plusieurs fois réclamée pour des inféodations par des nobles génois, comme Giovan Agostino de Franchi en février et en avril 1552.
Les habitants du Sia installés à Ota ou à Calvi s'opposèrent régulièrement à la volonté de ces candidats à l'inféodation.
Mais les incursions barbaresques firent se replier à nouveau les habitants vers l'intérieur .
Une victoire est à signaler, la prise de Dragut à Girolata en 1540 par Zannetino Doria.
Pour contrer ces périls, l'Office de Saint-Georges fait construire aux frais des communautés rurales :
1. La tour de Sia (Porto)
2. Le fortin de Girolata (construit par l'ingénieur Gieronimo de Levanto dit le Levantino en 1550-1551)
3. La tour de Gargalo (édifiée par Anton Giovanni de Sarola en 1610-1611)
4. Enfin la tour de l'Imbuto .
Malgré ces tours de défense, la désolation persiste jusqu'au milieu du 17ème siècle.
 
 

La conquête francaise :

Après la bataille de Ponte Novo le 8 mai 1769, la lutte se poursuit en Balagne.
Le 2 juin 1769, le lieutenant-colonel de Geoffre du régiment de Bourgogne, attaque la tour de Girolata où se sont retranchés les Nationaux.
" Deux gondoles armées ancrées dans la baie s'apprêtent à canonner cette position. Les hauteurs couvertes du maquis, qui la surplombent sont rapidement occupées par les assaillants. La résistance des défenseurs de la tour est cependant violente, malgré les menaces de destruction par le canon et la pendaison des " rebelles ". Les grenadiers et les chasseurs du capitaine Desmailles doivent finalement attaquer à la hache la porte de l'enceinte extérieure. Le siège prend fin à l'approche de la nuit, lorsque les nationaux ont épuisé leurs munitions et ne peuvent plus utiliser l'unique canon dont ils disposaient. "
 
A la fin du 18ème siècle, apparaissent de nouveaux lieux habités : Osani, Partinello, Serriera, et les " villè " médiévales de Curzo, Pinito et Vetrice sont reconstruites.
Les populations qui investissent ces régions sont des bergers transhumants, qui de peuplade pastorale primitive se transforma peu à peu en communauté rurale.
Cette civilisation purement pastorale est attestée par Diodore de Sicile au 1er siècle avant JC :
" … les Corses se nourrissaient de lait, de miel et de viande, ignoraient la propriété privée de la terre, pratiquant uniquement celle des troupeaux, les rayons de miel qu'ils découvrent au creux des arbres appartiennent aux premiers qui les trouvent, les troupeaux sont distingués par des marques, même sans les faire garder, les propriétaires les conservent sans dommage … "
 
Ce droit de pâture fut longtemps partagé avec le droit de culture, mais avec le développement de l'agriculture il fut contesté aux bergers par les laboureurs.
 
Le partage des biens communaux est engagé à partir de 1825.
" … la propriété des terres du département de la Corse connues sous les noms de Sia, Galeria, Filosorma, Marsolino et Paratella est divisée entre les domaines de l'Etat et les communes d'Evisa et d'Ota (arrondissement d'Ajaccio), d'Albertacce, de Calacuccia, de Casamacioli, de Corsia et de Lozzi (arrondissement de Corte), de Calenzana et de Moncale (arrondissement de Calvi) conformément à l'acte de transaction passé le 26 avril 1827 entre les maires des dites communes et les sous-préfets des arrondissements ci-dessus désignés, lequel acte est approuvé dans toutes ses dispositions et demeure annexé à la présente loi …)
Loi n°275, bulletin n°123, 2ème semestre 1834, page 109
 
Enfin le 18 mai 1864 sont créées trois nouvelles communes dans le Sia, dont les chefs-lieux sont fixés à Osani, Partinello et Serriera.
 
L'histoire d'Osani aujourd'hui se confond avec celle de ses habitants que la fortune ou l'infortune a parfois conduit vers des lieux plus cléments .
Mais le fil mystique qui relie les hommes corses à la terre mère ne s'est jamais rompu, et toujours leur cœur y fait retour .
 
 

Les Patronymes :

L'étude de l'état civil d'Osani permet de relever 36 patronymes entre 1865 et 1928.
 
Nous trouvons au fil des années :
· 1865 : Battini, Ceccaldi, Padovani, Lucciani
· 1866 : Casanova, Subrini, Cacciaguerra
· 1867 : Leca
· 1868 : Colonna, Cardi, Corteggiani, Massoni, Rossi, Versini
· 1869 : Pierragi
· 1871 : Cesari
· 1872 : Battesti
· 1873 : Grimaldi, Geronimi
· 1888 : Ghiraldi
· 1890 : Sabiani
· 1891 : Moretti
· 1892 : Santini
· 1898 : Filippini
· 1899 : Simeoni, Antonini
· 1902 : Spinosi
· 1909 : Lucchetti, Giordani
· 1910 : Negroni
· 1911 : Rigonneau
· 1913 : Barggiachi
· 1919 : Ottavioli
· 1922 : Martelli, Colombani
· 1928 : Rault
 
Nous retrouvons aujourd'hui 11 d'entre eux dans la commune d'Osani : Battini, Ceccaldi, Padovani, Lucciani, Cacciaguerra, Colonna, Cardi, Pierragi, Battesti, Lucchetti, Martelli .

 

La paroisse de Curzo :

Depuis le 19ème siècle dans les ordos diocésains, la paroisse est toujours désignée sous le nom de Curzo (titulaire Saint Jean-Baptiste) du nom de l'un des trois hameaux (Curzo-Osani-Girolata) de la commune d'Osani.
Ce nom adopté par les seules autorités ecclésiastiques est fréquent dans les paroisses comportant plusieurs agglomérations, surtout lorsque la commune éponyme n'existe pas ou pas encore.
La paroisse d'Osani a été créée par décret du 30 septembre 1807, avant les créations de Serriera (13 décembre 1836) et Partinello (22 janvier 1874), très certainement en place de l'église pievaine de San Giovanni Battista di Sia, située dans l'actuel cimetière de Curzo.
L'église Saint-François du hameau d'Osani est sûrement liée à l'existence d'un couvent " Saint-François de Girolata " dit de la Selva, datant du 13ème siècle, troisième de la Province observante de Corse, fondé par le Général de l'ordre des Franciscains, frère Parente, au sud du " Monte Sanninco ", il se trouvait peu-être au lieu-dit " San Francesco ", mais fut détruit par les guerres incessantes des féodaux ou par les incursions barbaresques et nous n'en avons plus trace .
Les moines auraient alors caché leur trésor quelque part dans le Cap d'Osani.
Les Franciscains ont façonné pendant des siècles l'âme corse autour de la passion de la croix, et de la présence permanente de la mort.
Leur immense popularité, ils la doivent à l'idéal de pauvreté qu'ils prêchaient.
 
François l'oiseau de Dieu, de son vrai prénom Jean, mais dont le père amoureux de la France, lui donna celui de François.
Né riche, mort dans une cabane.
 
 

La Mine :

Les premiers travaux pour la recherche de la houille, à Osani date de 1843. La description du bassin houiller est faite par Nentien en 1897.
La houille d'Osani appartient aux variétés à courte flamme. Il s'agit d'un anthracite à teneur en cendre inférieur à 12%.
Les réels sondages profonds ont eu lieu en 1865. Il faudra attendre des travaux plus conséquents, en 1887 et 1888 pour que la concession soit octroyée en 1889 à la société Perrier. En 1898, la concession est amodiée à P. Louis qui forme la Société Anonyme des Charbonnages de Corse. De petits travaux sont effectués et la concession est vendue le 26 juillet 1900.
Courant 1900, une certaine activité règne sur la mine (18 ouvriers en surface et 10 au fond). Il est extrait 98 tonnes de minerai en 1901. En 1902 aucune production mais en 1903, 200 tonnes sont extraites pour 24 ouvriers. En 1904 le concessionnaire fait apport de la concession à la Société Anonyme des Charbonnages d'Osani.
En 1905, la mine a employé 89 ouvriers pour une production de 1000 tonnes.
En 1906 la production chute du fait du temps passé pour installer l'appareil de chargement amenant à la mer.
En septembre1907 la station de chargement est détruite par une tempête et la réparation de fortune s'effondre en décembre. Ceci marque la fin de la seule période réelle d'exploitation.
De 1908 à 1914 pas d'exploitation. Pendant la guerre, de faibles quantités d'anthracite furent extraites pour les besoins locaux.
Le transport du charbon et son embarquement à Gradelle ont toujours été un des handicaps majeurs du gisement.
En 1920, les travaux sont repris par la Société Nouvelle des Charbonnages de la Corse. La production est de 62 tonnes ... Les travaux sont arrêtés jusqu'en 1929.
La compagnie des charbonnages et d'électrification de la Corse végète jusqu'en 1942, date à laquelle elle est mise en demeure d'effectuer des travaux. Une petite reprise a lieu de 1942 à 1943. Ce sont les derniers travaux effectués sur la concession.
 
En 1966 l'Union Minière de la Méditerranée, propriétaire depuis 1945 est mise en liquidation. Les travaux de mise en sécurité sont réalisés en 1973 et la renonciation à la concession acceptée en 1974.
Même au plus fort de sa production au début du siècle dernier, la mine ne fut jamais rentable.
 
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